Il n’est pas surprenant que beaucoup de musulmans aient, trop rapidement, étiqueté certains aspects du quotidien comme étant haram (illicite). Qualifier une chose ou un fait de "haram", attitude si répandue, doit être sérieusement considérée. Comme nous venons de l’apprendre, en Islam, tout est halal (licite) à moins qu’il ne soit rendu haram. En bref, le fait qu’une femme musulmane soit traitée par un docteur homme n'est pas directement haram. Cependant, d’après les savants, il y a des lignes de conduite obligatoires à tenir dans la recherche du traitement médical.
Les deux (regarder et toucher) sont permis pour pratiquer une saignée médicale ou pour placer des ventouses ou pour tout autre traitement médical. Quand il y a une nécessité réelle, une femme musulmane ayant besoin de soins médicaux doit être traitée par une doctoresse musulmane, ou, s’il n’y en n’a pas, par une doctoresse non musulmane. S’il n’y a ni l’un ni l’autre, un docteur homme musulman peut la traiter, seulement si aucune des personnes citées ci-dessus n’est disponible on peut alors consulter un docteur homme non musulman.
Si le docteur est du sexe opposé, son mari ou un parent avec lequel elle ne peut pas se marier doit être présent. Il est obligatoire d’observer cet ordre lors du choix du docteur. Les mêmes règles s’appliquent aux musulmans hommes concernant le fait d’avoir un docteur du même sexe et religion. Le même sexe a la priorité sur la même religion. (1)
On pourrait se demander si ce sont les seules considérations à prendre en compte lors du choix du traitement médical. Les musulmans sont-ils limités par la question du genre et de la religion sans prendre en considération les autres aspects très importants quant au choix d’un docteur ? Ne devons nous pas nous poser plutôt des questions sur les compétences du médecin auquel nous confions notre santé ? La santé est une bénédiction d’Allah, toute maladie ne doit pas être prise à la légère et le traitement ne peut pas être décidé que sur le sexe (du docteur). Il y a d’autres éléments auxquels doivent s’intéresser à la fois les hommes et les femmes musulman(e)s.
A quoi doit-on s’intéresser quand on choisit un docteur ?
Les études et la formation sont un facteur majeur quant au choix d’un praticien. Le choix doit s’orienter sur un professionnel de la santé ayant étudié dans le domaine adéquat, ainsi que par rapport à la formation qu’il ou elle a reçu (certificat du corps de médecine reconnu, recommandations des organisations médicales locales).
On doit aussi considérer la disponibilité du praticien : serez vous traité(e) par lui ou par son équipe ? Cela vous prendra-t-il des semaines avant de voir le docteur ? Le docteur souhaite-t-il et est-il capable de répondre à toutes vos questions et inquiétudes ?
On doit aussi considérer le fait que le praticien doit être en accord avec votre choix parmi les options médicales, plutôt que de se limiter seulement à ce qu’il ou elle pense être le mieux. Vérifier aussi la réputation du praticien est très important. Nous entendons tous des histoires horribles sur certains médecins de nos régions, et ceci n’est pas un sujet qui doit être ignoré.
Nous devons nous rappeler que l’Islam est une religion équilibrée. Allah nous a donné l’Islam comme une facilité et non comme une difficulté. Il apparaît légitime de se demander pourquoi les Musulmans, et en particulier les femmes, seraient si limités dans leur choix d’un traitement médical. Prendre aussi en considération la proportion d’hommes et de femmes dans le corps médical. On pourrait aussi se demander pourquoi une femme musulmane devrait consulter un docteur incompétent parce que ce docteur est du même sexe qu’elle. Les maris, au fait de leur responsabilité à l’égard de leur(s) femme(s), encourageront la consultation auprès d’une doctoresse.
Est-ce que nous ne comprenons pas la gravité de la situation ? Est-ce que nous sommes si limités dans la compréhension que nous présumons que tout est sexuel, même le traitement médical ? N’est-ce tout simplement pas le bon sens que de vouloir mettre notre santé entre les mains de ceux que nous espérons être les meilleurs pour avoir les meilleurs résultats Inshallah ? Je me suis battu avec ces questions, et j’ai regardé vers ceux qui sont plus savants que moi pour mettre la lumière sur un tel sujet. Alors je laisserai la parole à Ibn Qayyim Al Jawziyya.
Dans ce hadith : En toute science ou industrie, le plus compétent est celui à qui on doit se référer car il est plus à même d’être pertinent. Donc celui qui cherche aura recours aux personnes qui sont bien versées et qui sont le mieux conseillées plutôt qu’aux autres. De même que celui qui ne voit pas la Qibla doit imiter la personne ayant le plus de connaissance. C’est la façon dont Allah a créé Ses serviteurs. Celui qui voyage sur la terre ou sur la mer ayant recours au docteur le plus compétent jouira du calme et de la tranquillité. Ceci est approuvé par la loi, l’instinct, et la raison. (2)
etre traité par le plus compétent dans la région apporte la tranquillité si nécessaire à notre santé. Pour celui qui est atteint d’une maladie, le fait de s’inquiéter inutilement n’aidera en aucune façon à améliorer la situation. Comme cela a été si bien indiqué ici, la recherche du plus qualifié est non seulement approuvée par la loi, mais c’est aussi une question de bon sens et d’instinct. C’est mon espoir le plus cher que mes sœurs musulmanes ne se trompent pas en prenant un docteur femme juste parce que c’est une femme. C’est mon espoir le plus cher que les musulmans fassent plus attention à leur santé que cela et cherchent le meilleur qu’ils puissent trouver. C’est mon plus cher espoir que les hommes musulmans protègent leurs femmes de ce point de vue, comme pour tous les autres sujets, et ne choisissent que le meilleur pour leurs femmes, car c’est leur devoir.
C’est un sujet qui doit être discuté entre époux et considéré d’un point de vue logique. La guidance d’Allah doit être recherchée, la salat Istikharah (prière de consultation) doit être faite, car la guidance d’Allah n’égarera jamais.
(1) Reliance of the Traveller par Ahmad ibn Naqib al Misri Traduction de Nuh Ha Mim Keller ISBN 0-915957-72-8 Page 515 Section m2.10
(2) The Prophetic Medicine d’Ibn Qayyim al Jawziyya Traduction : S. Abi Azar Publié par Dar el Fikr Chapter 31 pg. 160